Quel poste, quelle contrainte, quelle aide : le tableau de départ
Un exosquelette répond à une tâche précise. Le CESI, organisme belge de prévention, écrit qu’aucun modèle n’accompagne un travailleur dans toutes ses tâches. Le tableau reprend les postes que les sources citent. Les modèles sont présentés dans le guide des exosquelettes professionnels.
| Poste | Contrainte relevée | Aide citée |
|---|---|---|
| Plaquiste, électricien, plombier, peintre | Bras au-dessus des épaules, gestes répétés | Exosquelette d’épaules passif (Hilti, Ottobock) ou actif à air comprimé (Festool) |
| Perçage et démolition au mur | Outil lourd tenu longtemps | Porte-outil motorisé Hilti EXO-T 22 |
| Quai et entrepôt | Charges soulevées, tronc penché | Exosquelette de dos passif (Ottobock Paexo Back) ou ceinture robotisée (Japet.W+) |
| Collage et assemblage en atelier de charpente | Rythme soutenu, corps entier engagé | Essais jugés trop contraignants par les opérateurs |
| Manutention lourde sur terrain accidenté | Charges et sol irrégulier | Difficilement compatible avec les modèles actuels, d’après l’OPPBTP |
| Travail à genoux | Appui au sol | Aucun exosquelette cité dans les sources lues |
Pour le travail à genoux, la protection du genou relève des genouillères, comparées dans exosquelette pour les genoux. Les produits qui visent le dos sont dans la sélection dos et lombaires.
Ce que l’INRS accorde aux exosquelettes, et ce qu’il refuse de promettre
D’après la foire aux questions de l’INRS, les exosquelettes peuvent, dans certains cas précis, limiter certaines contraintes biomécaniques. Ils ne suffisent pas à éliminer le risque de troubles musculo-squelettiques (TMS), qui vient aussi de la répétitivité, des postures, du stress et de l’organisation du travail. L’institut ajoute qu’ils peuvent reporter la contrainte sur d’autres parties du corps.
Une étude de l’INRS de 2018, rapportée par la MSA Auvergne, mesure des baisses d’activité des muscles concernés de 10 à 60 % sur des tâches surtout de manutention. Ses auteurs écrivent que l’état des connaissances ne permet pas de conclure formellement à l’efficacité de ces technologies pour prévenir les TMS.
- Effort cardiaque : l’INRS cite une étude où un exosquelette d’environ 9 kg fait monter le coût cardiaque de 15 % environ lors de manutentions.
- Points de vigilance listés par l’institut : stress, collisions, inconfort, sollicitations cardiovasculaires accrues.
- Recul : les effets à long terme sont insuffisamment documentés, d’où un suivi avec le service de santé au travail.
- Statut : l’INRS indique que les exosquelettes ne sont pas des équipements de protection individuelle.
Sur chantier : 161 porteurs, 52 questionnaires exploitables
Ce que relève l’étude ITMP et OPPBTP sur l’EXO-01
L’étude, publiée par Hilti France, a équipé 161 professionnels pendant 6 à 12 mois ; 62 % des répondants étaient électriciens. Le port moyen était de 120 minutes par jour, 2 jours par semaine. Dans 40 % des cas, l’appareil n’a servi que 20 % du temps de l’expérimentation, ce qui peut traduire un abandon.
- 20 % des utilisateurs déclarent un recul de l’apparition des douleurs, surtout aux cervicales, aux bras et au dos ; 9 % en ressentent plus souvent, des douleurs déjà connues.
- La performance est jugée identique avec et sans appareil ; le sentiment de sécurité obtient 2,9 sur 5.
- L’avis favorable baisse après usage, mais plus de la moitié des répondants veulent continuer.
- Gênes citées : encombrement dans les trappes, transpiration l’été, port difficile avec une doudoune.
Ce que montrent quatre entreprises de Nouvelle-Aquitaine
De 2023 à 2025, la FFB Nouvelle-Aquitaine, la Carsat Aquitaine et l’OPPBTP ont suivi quatre entreprises, avec trois cabinets d’ergonomie. Les ergonomes ont observé que certaines contraintes se réduisaient aussi par l’organisation ou par un autre matériel.
Chez un charpentier, six modèles ont été essayés dans trois ateliers et un seul a été retenu, pour deux opérateurs. Pour des gestes répétitifs bras devant soi en station debout prolongée, les évaluations sur site ont été positives dans cette entreprise.
La démarche en entreprise : qui décide de quoi
- Évaluer les risques et le noter au document unique. L’INRS veut que les mesures de prévention collective soient étudiées d’abord.
- Faire analyser le poste par un ergonome, avec les futurs utilisateurs et leur encadrement (CESI, FFB).
- Demander l’avis du médecin du travail : il se prononce sur l’intérêt et les limites de l’appareil au regard de l’état de santé du salarié (INRS).
- Essayer en trois temps : présentation, test simulé en atelier, essai sur le terrain.
- Suivre sur plusieurs mois avec des fiches de suivi, et prévoir une période de familiarisation (FFB, INRS).
La MSA Auvergne cite des contre-indications au port : pathologies cardiaques ou neurologiques, problèmes de peau, problèmes articulaires, TMS déjà présents. Elle demande un avis médical avant tout achat.
Dos, bras, outils : trois familles qui ne se remplacent pas
Le CESI distingue les exosquelettes de dos souples, en structure textile élastique, et rigides, à ressorts. Les rigides sont contre-indiqués pour les fortes inclinaisons du tronc (plus de 75°), les souples quand le tronc doit tourner. Pour les bras, le même document décrit des appareils qui n’assistent que les épaules, mains au-dessus de la tête.
Les travaux bras levés ont leur page, avec le cas du taille-haie : exosquelette pour les bras et les épaules. Pour les charges, la sélection manutention dit ce que vend Amazon.fr, et ce qui n’y est pas.
Artisan seul, particulier : que retenir de ces sources
Aucun exosquelette du catalogue de ce site n’est conçu pour un chantier. Les sources écrivent que le choix part d’une étude du poste, pas d’une fiche produit. Avant de louer ou d’acheter, voir comment essayer un exosquelette.
Questions posées
- Un exosquelette est-il un équipement de protection individuelle ?
Non, d’après la foire aux questions de l’INRS : les exosquelettes ne sont pas des équipements de protection individuelle. L’institut précise qu’aucun fabricant connu ne revendique ce statut.
- Quels métiers du bâtiment utilisent un exosquelette ?
La FFB cite les peintres, maçons, électriciens, plaquistes et couvreurs, surtout pour les travaux bras en hauteur. Moins de 1 % des entreprises du bâtiment étaient équipées en 2023, d’après un article de la FFB de juin 2023.
- Un exosquelette empêche-t-il les troubles musculo-squelettiques ?
Pas à lui seul. L’INRS indique qu’il peut limiter certaines contraintes dans des cas précis, sans éliminer le risque, et qu’il peut reporter l’effort ailleurs. L’état des connaissances ne permet pas de conclure à une prévention formelle.
- Qui décide si un salarié peut porter un exosquelette ?
L’exosquelette doit figurer dans l’évaluation des risques de l’entreprise. Le médecin du travail se prononce sur l’intérêt et les limites pour chaque salarié, au vu de son état de santé et de son poste.
- Peut-on se faire aider pour financer un exosquelette dans le bâtiment ?
Une convention de 2022 entre la FFB Nouvelle-Aquitaine, la Carsat Aquitaine et l’OPPBTP a offert un accompagnement technique et financier à des entreprises volontaires. Pour une autre région, interrogez la Carsat ou l’OPPBTP.
- Un exosquelette convient-il à toutes les tâches d’un chantier ?
Non. Le CESI écrit qu’aucun modèle ne couvre toutes les tâches, et l’OPPBTP relève que la manutention lourde sur terrain accidenté reste difficilement compatible avec les modèles actuels.