Quarante kilos sur le dos : le problème posé aux armées
Tout part du poids que le soldat à pied doit porter. Les chiffres varient selon la mission, et les sources ne parlent pas des mêmes situations.
| Situation | Chiffre cité | Source |
|---|---|---|
| Patrouille Sentinelle en France | Une vingtaine de kilos, 22 à 28 km en 8 heures de patrouille | Opex360, 2019 |
| Opération extérieure, combattant débarqué | Plus de 40 kg de matériel, arme en plus | Opex360, 2019 |
| Fantassin américain à pied | 100 livres (environ 45 kg) ou davantage d’équipement | US Army, 2014 |
Le même article de l’armée américaine présente les blessures musculo-squelettiques comme la première cause de réforme des militaires ces dernières années. C’est ce qui justifie, pour les états-majors, de chercher une aide mécanique plutôt que d’alléger l’équipement seul.
Hercule, le programme français né en 2011
Hercule est un exosquelette de membres inférieurs conçu pour porter de lourdes charges. La Direction générale de l’armement (DGA) l’a financé par son dispositif RAPID, réservé aux innovations à double usage, civil et militaire. Il a été présenté au salon Milipol en octobre 2011.
Ce que visait le cahier des charges
- Une charge de 80 à 100 kg portée à environ 4 km/h.
- Une autonomie d’environ 5 heures, soit 20 km environ.
- Un appareil de 30 kg environ, dont une batterie lithium-ion de 10 kg, d’après un article de vulgarisation de 2012.
- Aucun capteur à fixer sur le corps : l’appareil détecte le mouvement de l’utilisateur et l’accompagne.
Trois équipes se partageaient le travail : le laboratoire List du CEA pour l’intégration, RB3D pour la mécatronique et l’école d’ingénieurs ESME Sudria. En 2013, une version civile a été annoncée pour une commercialisation attendue en 2015, avec la logistique, les chantiers et le transport de personnes handicapées comme usages cités.
Ces chiffres sont des objectifs de programme, pas des mesures publiées sur un appareil en service. Pour le monde du travail d’aujourd’hui, voir le panorama des exosquelettes professionnels.
Aux États-Unis : HULC, ONYX et Warrior Web
L’armée américaine s’est intéressée à deux prototypes lourds, le XOS-2 de Raytheon et le HULC de Lockheed Martin, destinés à aider les fantassins à porter des charges. En 2018, Lockheed Martin a obtenu un contrat de développement du centre de recherche de l’US Army pour une version militaire de l’ONYX, un exosquelette motorisé de jambes centré sur les genoux et les hanches. La presse notait à l’époque qu’aucun programme américain d’exosquelette n’avait atteint un emploi opérationnel.
Warrior Web, la combinaison souple de la DARPA
Lancé en septembre 2011, Warrior Web visait une sous-tenue légère, portée sous l’uniforme, pour réduire les blessures et la fatigue. Elle devait agir sur la cheville, le genou, la hanche, le bas du dos et les épaules, avec des moteurs et des ressorts. L’objectif affiché était qu’une charge paraisse deux fois moins lourde.
La première phase a mis neuf prototypes à l’épreuve sur des soldats pendant 21 semaines, à Aberdeen Proving Ground (Maryland). Le programme n’est pas la combinaison TALOS, qui relevait d’un projet distinct.
Ce que teste l’armée de Terre depuis 2019
En février 2019, l’Agence de l’innovation de défense a lancé une demande d’information sur les exosquelettes passifs, c’est-à-dire sans moteur : ils transfèrent la charge vers le sol. Ce n’était ni un achat ni un marché public. La différence avec un modèle motorisé est expliquée dans le guide passif ou actif.
| Date | Unités | Matériel cité | Objet |
|---|---|---|---|
| 2021 | 1er RCP, 17e RGP, 13e BCA (Battle Lab Terre) | Exosquelettes passifs du Canadien Mawashi | Fatigue et endurance, missions commando et patrouilles de montagne |
| Janvier 2026 | 8e et 4e régiments du matériel (Brigade Maintenance) | Exoviti et Exoback de RB3D, Exia de German Bionic (premières informations de presse) | Manutentions répétitives, postures sous charge, compatibilité avec les équipements individuels |
Aucun bilan de l’essai de 2021 n’a été communiqué, selon la presse spécialisée. Celui de 2026 vise les unités de soutien, pas l’infanterie au combat : la Brigade Maintenance veut identifier les modèles « réellement compatibles avec un futur emploi en contexte opérationnel ».
Pourquoi le fantassin n’en porte pas encore
Les sources ne donnent pas une cause unique. Elles laissent apparaître trois freins, que l’on retrouve dans les autres guides sur l’exosquelette.
- Poids et batterie. Hercule pesait environ 30 kg avec sa batterie pour 5 heures d’autonomie, ce qui pose la question du ravitaillement en énergie en opération.
- Compatibilité avec l’équipement. L’essai de 2026 liste explicitement l’intégration avec les équipements individuels parmi ses objets d’étude.
- Risques propres à l’appareil. L’INRS, pour le travail civil, cite la perte d’équilibre, la chute et la collision parmi les risques et rappelle que ces dispositifs sont souvent des premières versions à parfaire.
Les programmes décrits ici portent sur la charge et l’endurance. Aucune source lue ne parle de protection balistique intégrée à ces appareils.
Du militaire au civil : ce qui a réellement circulé
Le passage vers le civil se lit dans le parcours de RB3D : l’entreprise qui a développé Hercule est aussi celle dont les modèles Exoviti et Exoback figurent dans les essais de 2026. Les usages civils cités dès 2013 sont les chantiers et la logistique, que détaille la page exosquelette au travail. Pour la santé et le handicap, les appareils relèvent d’un autre circuit, expliqué dans exosquelette médical et handicap.
Pour les particuliers, les modèles vendus sur Amazon.fr n’ont aucun lien annoncé avec l’armée. La fiche de l’Hypershell précise qu’il est destiné « uniquement aux activités de plein air et de loisirs ». Leur usage sur sentier est décrit dans le guide randonnée, marche et course, et la définition générale dans exosquelette : définition et types.
Questions posées
- L’armée française utilise-t-elle des exosquelettes ?
Elle en teste, sans équipement généralisé annoncé. Un essai avec des modèles passifs canadiens a eu lieu en 2021, et la Brigade Maintenance expérimente depuis janvier 2026 des modèles de RB3D et de German Bionic.
- Qu’est-ce que l’exosquelette Hercule ?
Hercule est un exosquelette de jambes financé par la DGA et développé par RB3D, le CEA et l’ESME Sudria. Son cahier des charges visait 80 à 100 kg portés à 4 km/h pendant environ 20 km.
- Quelle charge un exosquelette de soldat peut-il porter ?
Les objectifs cités vont de 80 à 100 kg pour Hercule. Ce sont des cibles de programme : les essais récents ne publient pas de charge pour les modèles testés.
- Peut-on acheter un exosquelette militaire ?
Les matériels des essais sont fournis par des industriels aux armées. Les exosquelettes de ce site sont des équipements de loisirs vendus sur Amazon.fr, comparés dans la page « meilleur exosquelette ».
- Quelle différence entre exosquelette passif et motorisé pour un soldat ?
Le passif n’a ni moteur ni batterie et transfère la charge au sol. Le motorisé ajoute de la force avec des actionneurs, au prix d’un poids et d’une batterie à gérer.